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Riba al-fadl et riba al-nasî'a : bien distinguer les deux

4 août 2025 · 5 min de lecture · 100 R.I.B.A.

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Le riba ne se limite pas à l'intérêt bancaire. La tradition juridique distingue deux grandes catégories : le riba al-fadl et le riba al-nasî'a. Explications.

Les mots soulignés sont définis dans le glossaire. Survolez-les ou cliquez pour lire la définition.

Le riba est l'interdit le plus connu de la finance islamique, souvent traduit par « usure » ou « intérêt ». Mais cette traduction est réductrice : le riba recouvre en réalité deux réalités distinctes que les juristes musulmans ont soigneusement séparées. Les confondre conduit à mal comprendre la portée de l'interdiction.

Allah a rendu licite le commerce et a interdit le riba.

Coran, sourate Al-Baqara (2:275)

Le riba al-nasî'a : le riba du délai

Le riba al-nasî'a est le riba lié au temps, au délai accordé. C'est la forme la plus évidente et celle que vise directement le Coran. Elle consiste à prêter une somme et à exiger un surplus en contrepartie du seul écoulement du temps. C'est le mécanisme de l'intérêt bancaire moderne : l'argent y « produit » de l'argent du simple fait du report de l'échéance, sans échange réel de bien ni partage de risque.

Cette forme de riba est considérée par l'unanimité des écoles comme l'objet principal de l'interdiction coranique. C'est elle qui structure le rejet du crédit à intérêt et qui motive la recherche de financements alternatifs adossés à des actifs réels.

Le riba al-fadl : le riba de l'excédent

Le riba al-fadl, lui, apparaît dans l'échange immédiat de biens de même nature mais en quantités inégales. Il a été établi à partir d'un hadith célèbre énumérant six biens : l'or, l'argent, le blé, l'orge, les dattes et le sel. Échanger de l'or contre de l'or, ou du blé contre du blé, doit se faire à quantité égale et de main à main ; tout excédent constitue du riba al-fadl.

Le Prophète ﷺ a ordonné que l'or s'échange contre l'or, l'argent contre l'argent, à parts égales et de la main à la main, et que tout surplus relève du riba.

Rapporté dans les recueils de hadiths authentiques

Pourquoi cette sévérité sur un simple troc ? Selon les savants, le riba al-fadl ferme une porte (sadd al-dharî'a) : il empêche que des échanges en apparence anodins ne servent de prétexte ou de chemin détourné vers le riba al-nasî'a. La sagesse sous-jacente touche à la justice dans les échanges et à la stabilité de la valeur des biens monétaires.

Pourquoi cette distinction compte

  • Le riba al-nasî'a concerne le surplus tiré du délai : c'est le cœur de l'interdit, visé par le Coran.
  • Le riba al-fadl concerne le surplus dans l'échange immédiat de biens semblables : il est établi par la Sunna.
  • Les biens dits « ribawi » (or, argent, denrées de base) appellent des règles d'échange précises.
  • La monnaie, assimilée à l'or et à l'argent selon de nombreux avis, est centrale dans les débats contemporains.

Distinguer ces deux catégories aide à comprendre pourquoi certaines opérations modernes, comme le change de devises (sarf), obéissent à des conditions strictes d'égalité ou de simultanéité. Loin d'être une subtilité théorique, cette distinction irrigue toute la pratique de la finance islamique contemporaine.

Cet article est proposé à titre pédagogique. Il ne constitue pas un avis juridique religieux (fatwa) ni un conseil en investissement. Pour votre situation, rapprochez-vous d'un savant qualifié ou d'un professionnel.

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